Rasage et idées reçues

La plupart du temps, lorsque la question du big chop est soulevée, deux possibilités sont envisagées :


La première est celle de laisser pousser ses cheveux pour avoir des racines texturées, puis couper les longueurs soit en les raccourcissant au fur et à mesure, soit en arborant une coupe courte faite des repousses.


La seconde, plus rarement abordée, est celle du rasage, souvent associée à tort au champ lexical des coiffures « masculines ».


Il y a d’ailleurs certaines fausses croyances qui persistent quant à cette seconde pratique.


L’une d’entre elles consiste à dire que se raser le crâne peut modifier la texture de nos cheveux. J’avoue l’avoir moi-même eue. Une anecdote qui va dans ce sens concerne mon frère. Petit, ses cheveux étaient extrêmement bouclés, et portés en afro durant des années. Néanmoins, aux alentours de 14 – 16 ans, ses cheveux se sont mis à changer, pour tendre vers une texture plus crépue, et totalement différente de celle qu’il avait plus jeune.

En effet, enfant, il ne se faisait peigner qu’à la maison, mais en grandissant, l’envie lui était venue de fréquenter les salons de coiffure. Nous assistions ainsi à ses toutes premières coupes dégradées. Ma famille et moi étions très surpris de voir ce changement de texture arrivé presque du jour au lendemain, et nous en avons conclu que cela était dû à cette nouvelle pratique.


https://www.pinterest.fr/pin/259871840988331541/
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Ce n’est que lorsque j’ai rencontré Mahine que j’ai pu avoir plus de précisions. Ce n’était pas la tondeuse qui avait changé la fibre capillaire de mon frère mais l’âge ! En effet, les hormones jouent un rôle dans notre évolution physique, mais aussi capillaire. Nous avions donc tout faux…


Une autre idée reçue consiste à dire que cette coupe est « masculine ». Pour être tout à fait transparente, les coupes courtes de manière générale sont souvent perçues comme appartenant aux « vestiaires capillaires des hommes ». On les nomme d’ailleurs garçonnes.


Elles sont souvent mal connotées, perçues comme portants tout un tas de significations et de symboliques genrées. Pour beaucoup, elles représentent un signe de maturité, de virilité, ou du moins, un manque de féminité.


On a d’ailleurs souvent tendance à me prendre pour l’aînée de la famille, car j’arbore des cheveux très courts, là où ma sœur les a extrêmement longs. Je me suis souvent demandée si c’était en raison de cette différence de longueur.


Le fait est que l’on ne conçoit pas spécialement qu’une coupe courte puisse découler d’une décision consciente et permanente. Au contraire, on suppose souvent que ce n’est qu’une transition vers de la longueur ou vers « autre chose ».


Aisha l’avait très bien formulé lors de son interview (cf. article du 6 janvier 2021), il serait bien temps de pouvoir considérer les cheveux courts (et notamment crépus et courts) comme étant féminin à part entière !


Il existe tout un tas d’exemple de femmes portant les cheveux rasés, toujours extrêmement assumées et féminines. Elles portent leur visage, leurs traits, leur nature sous les yeux des autres, par choix, et non par souci de plaire.


Et elles contribuent selon moi à constituer une nouvelle définition, plus complète, de la beauté.


- YH -