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  • Mahine/ Yulia

Du personnel au professionnel

L’article de ce mois est un peu spécial.


Il retrace le parcours de Mahine, qui a créé le salon Mahine Hairstylist, à Lausanne, en 2017.


C’est après plusieurs années dans les ressources humaines que Mahine s’envole pour New York faire une école de coiffure ainsi que la formation DevaCurl, avec dans l’idée de rentrer un jour en Suisse y ouvrir son salon spécialisé dans le soin des différentes boucles.


Alors qu’est ce qui a bien pu la motiver à quitter sa vie d’ici afin de partir à l'aventure ?  Quelle histoire personnelle l’a encouragée à se risquer au monde de l’entreprenariat, et dans ce domaine en particulier? Et pourquoi ce rêve de se spécialiser avant même que le marché de la boucle ne devienne à la mode ?


Car s’il existe aujourd’hui plusieurs médiums qui permettent de comprendre la place, l’histoire, la beauté et la versatilité des cheveux crépus, cela n’a pas toujours été le cas.


Par le biais de cette interview, nous allons chercher à voir comment la sensibilité individuelle, la passion en somme, anime certaines personnes au point de se consacrer entièrement à un domaine.


Son parcours capillaire personnel avant de devenir coiffeuse :


- Quel est ton premier souvenir avec tes cheveux ? Tes parents te coiffaient-ils d’une façon particulière ? Sans me référer aux photos, je me souviens que ma mère avec qui j’ai grandi (et qui est 100% Suisse), a appris seule à me faire des “box braids”. Elle passait 8-9 heures à me tresser. C’était nos pires engueulades (comme elle aime encore aujourd’hui me le rappeler haha).

- Petite, que pensais-tu de tes cheveux ? Je ne les aimais pas du tout. Je les ai d’ailleurs défrisés de mes 12 à mes 23 ou 24 ans. J’ai grandi en Valais dans la montagne, donc des filles avec des cheveux comme moi autant te dire que ça ne courait pas les rues !

- A quel âge as-tu réalisé que les cheveux crépus étaient considérés comme un problème aux yeux des autres ? Mh… Je dirais autour des 10 ans.

- T’es-tu déjà défrisée, si oui, combien de temps, et quelles ont été les motivations qui t’ont poussée à le faire ? Malheureusement oui, durant 12 longues années. Ma mère ne voulait absolument pas mais je l’ai eue à l’usure. À l’aube des années 2000 on n’avait pas autant d’informations qu’aujourd’hui.

- Te plaisais-tu quand tu avais les cheveux défrisés ? Si j’y réfléchis, pas vraiment. Je sais que je me plais bien plus aujourd’hui avec mon afro, que mes cheveux soient courts ou longs, j’adore. Avant cela, je n’avais jamais “adoré” mes cheveux.

- Est-ce que tu recevais moins de remarques de la part des autres une fois que tu as eu les cheveux lisses ? Et ce que ça te faisait du bien ? Oh oui. Les gens me laissaient tranquilles car mes cheveux “ressemblaient” aux leurs (c’est malheureux…!). Je ne sais pas si ça me faisait réellement du bien, mais au moins c’était une chose de moins à penser (surtout en pleine adolescence).

- Qu’est-ce qui t’as motivée à revenir à la réelle nature de tes cheveux ? Une YouTubeuse (que j’ai d’ailleurs rencontrée quand j’étais à New York), et qui avait décidé de couper ses cheveux frisés tout courts. Et je me suis dit “En fait, c’est ça que je dois faire”. J’ai donc laissé pousser mes cheveux et ai arrêté de les défriser, puis une année après j’ai fait la même coupe qu’elle !

- Est-ce qu’il y a eu des moments compliqués pour toi lors de ton retour au naturel ? Oui ! Me voir pour la toute première fois avec les cheveux courts ET crépus (je découvrais ma texture naturelle à 24 ans…). Il y a aussi eu l’entre-deux lors de la pousse la première fois qui était difficile à gérer. Mais après un deuxième big chop et de l’expérience acquise, ça n’a pas du tout été un problème cette fois-ci.

- Est-ce qu’il y a eu des moments qui ont été particulièrement de bons souvenirs lors de ton retour au naturel ? (La découverte de ta texture, faire de nouvelle coiffure par ex…) Oui, le fait de réaliser que les cheveux naturels prenaient en fait moins de temps à coiffer que les cheveux défrisés. Et bien évidemment découvrir mon métier à travers ma propre expérience.

- As-tu déjà eu le sentiment que le milieu professionnel (avant que tu ne deviennes coiffeuse) n’acceptait pas tes cheveux naturels ? Oh oui… Les remarques de type “blagues” (qui ne le sont pas, entendons-nous), étaient hebdomadaires, voire quotidiennes.


Son parcours professionnel :


- Qu’est-ce qui t’as motivée à devenir coiffeuse ? Mes cheveux haha ! Et je pense aussi que j’ai toujours su que je voulais travailler dans ce domaine...

- Qu’est-ce qui t’as amenée à te spécialiser dans les textures bouclées, frisées, crépues en particulier ? Once again…. Mes cheveux ! Je trouvais ça injuste et scandaleux qu’on ne sache pas s’occuper de nous.

- Tu t’es formée aux États-Unis, étais-tu la seule personne qui venait d’Europe pour cette formation, ou alors d’autres nationalités étaient présentes dans l’école ? Non, j’étais la seule “étrangère” de l’école.

- Penses-tu que les autres pays Européens ont plus d’avance sur le traitement des cheveux bouclés, ou au contraire qu’ils ne sont pas encore conscients qu’ils se traitent différemment? Je pense que beaucoup d’endroits ne sont pas encore conscients du fait que l'on traite nos cheveux différemment. Au même titre que je pense qu’il y a des avancées qu’on ne voit pas forcément dans les autres pays.

- Quel est le meilleur conseil que l’on t’a donné durant ta formation ? Ouf…. J’ai trouvé très juste et très important de mettre l’accent sur la relation avec la clientèle. Cela colle parfaitement avec qui je suis. Du coup j’ai gardé ce conseil et essaie de l’appliquer au maximum.

- Qu’est-ce qui t’as motivée à ouvrir ton propre salon ? Je suis de nature très indépendante en général, j’aime faire les choses à mon rythme et n’ai pas besoin d’avoir quelqu’un sur le dos qui me dit quoi faire et quand le faire (#Capricornlife). Et malgré les “inconvénients” de l’indépendance, je pense que c’est le prix de la liberté aujourd’hui.

- Savais-tu que la clientèle serait aux rendez-vous à tes débuts ? Absolument pas! J’ai été très surprise d’être bookée 1 mois avant même d’avoir ouvert.

- Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans ta vie d'entrepreneuse au quotidien ? Réussir à dire stop et à prendre du temps pour moi. En tant qu’indépendant.e, absolument tout repose sur nos épaules. C’est-à-dire que si on a un toit au dessus de nos têtes et qu’on peut se permettre de manger et potentiellement de voyager, c’est grâce à nous et nous seul.e.s. C’est donc très dur de ne pas culpabiliser lorsqu’on sort des “to do lists” et des “répondre aux emails” ou “allez je prends encore un client”. D’ailleurs, il y a un an j’ai baissé mon taux de travail à 80% après qu’une bonne grosse grippe est venue frapper à ma porte pour me dire de me calmer.

- Qu’est-ce qui te procure le plus de joie dans ta vie d’entrepreneuse au quotidien ? La liberté, mon lien avec mes clientes (presque pas un jour ne se passe sans que j’aie un fou rire!), et bien sûr me lever le matin en sachant que je fais quelque chose que j’aime (très cliché, mais véridique!).

- Qu’est-ce que tu souhaiterais encore accomplir ? Qu’est-ce que tu te souhaites pour le futur ? Don’t kiss and tell ;) ! J’ai plein de projets pour le futur, en espérant qu’ils vont tous se réaliser en temps voulu. J’essaie de trouver un équilibre entre “voir grand” et ne pas me surmener et vivre pour mon travail.

- Que voudrais-tu dire aux personnes qui te font confiance et qui te confient leur tête au quotidien ? Je voudrais vous dire un énorme MERCI ! Merci de me soutenir, de faire que ce salon existe et de me permettre de faire ce métier que j’aime tant. Merci également pour vos sourires, vos anecdotes et bien sûr la nourriture que certain.e.s. client.e.s m’amènent car on le sait, les coiffeurs n’ont jamais le temps de manger :-p !


Merci à Mahine d’avoir joué le jeux de l’interview, malgré son emploi du temps chargé.

Et merci à elle d’être la meilleure patronne et coiffeuse du monde.


Propos recueillis par YH